Linkedin au Maroc : un pamphlet météorologique et sylvestre

avril 19, 2016
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Linkedin au Maroc: bienvenue dans le meilleur des mondes…

Linkedin est devenu, au Maroc, LE portail de la recherche « facile » d’un job. Plus besoin de se fatiguer ou de réfléchir : tout est là, à portée de clic. Pas 3 ou 2 clics, non. 1 seul. Juste un seul. Partisans du moindre effort, unissez-vous ! Linkedin s’est vidé de sa substance initiale, celle consistant à constituer un réseau professionnel de personnes qu’on connaît pour être coopté ou recommandé. Nous reviendrons sur ce phénomène des réseaux dans un autre article.

Dans ce lieu où tout semble possible (the sky is the limit !), espoirs et désespoirs cohabitent. Jungle ou Tsunami ? Dualité sylvestre et météorologique…

Le recruteur face à un tsunami…

tsunami1Pour commencer, mettons-nous dans la peau du recruteur. Sa société décide d’investir une somme modique (moins de 100 euros) pour publier une annonce sur sa page Entreprise, présente sur Linkedin.  Magique. En quelques heures ou jours, il recevra quelques centaines de candidatures. Un Tsunami en réalité car le recruteur, pourtant enthousiaste et motivé, prend rapidement et brutalement conscience qu’il va devoir passer des heures entières à éplucher, défricher, chercher, fouiller… parmi des centaines de postulants, celui qui conviendra – peut être… Un travail de fourmi. Des tonnes de données brutes qui vont lui infliger un choc brutal : un tsunami peut être beau, mais de loin. Quand il déferle sur votre bureau, ce n’est plus du tout la même histoire…

Pourquoi ? Parce que cliquer sur l’unique bouton « postuler » pour atteindre un employeur est devenu déconcertant de facilité. Cette « vague » d’enthousiasme apparent  de candidats est en réalité un tsunami de « clics faciles » issus de la jungle des candidats – nous y reviendrons.

L’annonce qu’il aura rédigée avec abnégation, usant de superlatifs pour qualifier non seulement la société mais aussi le poste dans l’espoir « d’attirer les meilleurs talents», n’aura pas vraiment l’effet escompté. Pour faire court, il n’aura fait que créer des attentes immenses chez une foule au bord de la crise de nerfs, conjoncture difficile oblige.

Durant 30 jours et pas un de plus (ce qui est  assez heureux somme toute), l’offre sera en ligne et relayée par mail. Souvent. Trop souvent. Elle atteindra, plusieurs fois par semaine ou même par jour, des milliers voire des millions de gens, ne se souciant guère d’un ciblage devenu subitement superflu et sobrement intitulé « Untel et Untel recherchent des candidats comme vous ». Un vrai raz de marée aussi, même s’il se cantonne à votre géographie. Ouf !

La jungle du candidat

perdu dans la jungleQue se passe-t-il alors côté candidats ? L’analyse des profils des postulants à l’annonce démontre à l’envi qu’ils ont fait une lecture très très light (et surtout très rapide) des pré-requis et conditions à remplir pour passer à l’étape de l’entretien. Devant cette chance qui arrive comme un miracle dans leur boite mail,  ils auront « appuyé sur le bouton » un peu comme on joue au loto. C’est connu, tous les gagnants ont tenté leur chance.  Dans leur jungle, on fait feu de tout bois et advienne que pourra.

Oubliée, la nécessaire recherche de cohérence entre le candidat et le profil du poste. Adieu la VRAIE lettre de motivation (pas une lettre-type vantant superfétatoirement les succès intergalactiques de la société et la haute bienveillance de son directeur des ressources humaines).

Postuler est passé d’une démarche construite et raisonnée à un acte aussi simple qu’appuyer sur un bouton. On est à l’ère du tout-tout de suite, du « yapuka » (cliquer). Démontrer qu’on est aligné avec le profil ? Ecrire une lettre de motivation ? Et puis quoi encore, mais pour quoi faire enfin ? La motivation du candidat est conditionnée à un clic. Pas plus.

ApplyButton_Dark_BlueGérer des attentes ? Bah pour quoi faire ?

Pour le novice « en recherche active », ces emails susciteront immanquablement l’envie irrépressible d’ouvrir le mail et de découvrir avidement toutes ces offres qui lui correspondent tellement (ben si, il le dit le Monsieur Linkedin : machin-truc-chose et bidule-chouette recherchent des candidats comme moi !).

Reste au candidat à  affronter la déception que ce mail dont l’intitulé l’a laissé imaginer tant désiré(e) aura suscité… Oh mince, il contient des annonces  qui n’ont rien à voir avec mon profil ni ma recherche. C’est balot ! Qu’à cela ne tienne, postulons !

Linkedin n’a apparemment pas encore développé  (pardon, décidé d’utiliser)  un algorythme permettant de cibler l’envoi de mails à des candidats sur la base de leur profil. Non. Il envoie, jusqu’à plusieurs fois par jour, harcèle, jouant avec les espérances sans vergogne aucune. Son unique mansuétude est dans la limitation géographique. Il ne manquerait plus qu’on reçoive des annonces pour des postes en Chine ou en Terre Adélie!

Linkedin a donc créé une jungle pour le candidat et accouché d’un tsunami pour le recruteur. CQFD.

Fédérer animer Do it yourself, et en mieux !

Recruter avec Linkedin, sauf à mettre en œuvre des solutions payantes dotées de contraintes de durée pas toujours adaptées (contrat minimum d’un an), est aux limites du possible. Dans ce cas, autant dépenser cet argent à créer un formulaire de candidature en ligne sur le site d’entreprise. Cela permettrait non seulement de mieux filtrer les candidats mais de mettre à leur disposition toutes les informations dont ils auront besoin pour se positionner avec pertinence sur une offre. Pour l’entreprise c’est aussi et surtout la possibilité de construire sa réputation d’employeur et de décrire sa proposition de valeur. Un atout à ne surtout pas négliger.

Linkedin propose des produits permettant à l’entreprise de gérer ses recrutements, incluant des fonctionnalités très développées et efficientes. Ce peut être une bonne solution pour qui ne souhaite pas investir dans un outil « maison ». Néanmoins, le coût et la durée éliminent d’emblée les entreprises qui ne recrutent pas en nombre. Dommage.

Linkedin à tout prix

Le troisième volet de ce réquisitoire météo-sylvestre est que, pour les raisons évoquées ci-dessus ou d’autres encore, les recruteurs  décident de publier une offre sous leur nom. La seule « annonce » qui n’arrivera pas dans votre mail et que vous ne verrez que dans le « fil » Linkedin. Encore faut-il la dénicher, cachée au milieu des centaines de posts publiés chaque jour. Une autre jungle !

John Doe, chargé de recrutement chez  X  : « nous recherchons un(e) XXX. Merci d’adresser votre CV sur l’adresse : yyy@zzz.com ». Vite fait, quelques mots, pas de pitch sur l’entreprise ou le candidat souhaité, advienne que pourra, une bouteille à la mer. Et quand bien même la marche à suivre est clairement indiquée, d’aucuns, constatant qu’il devront nettement plus se fatiguer pour postuler, se contentent  d’un commentaire sous la parution et y inscrivent « intéressé » ou mieux : «  intéressé, prière de consulter mon profil ». Plus fatigant que le bouton “postuler” mais beaucoup moins que d’envoyer un mail, attacher un CV ou a fortiori, une lettre de motivation. Ah oui pardon, j’oubliais… on est dans l’immédiat, le « yapuka ».

La preuve – TERRIFIANTE.

En image (et en chiffres…) :

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